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ou en est on avec le dossier coton Africain?

Mardi 30 juin 2009

PLAN

INTRODUCTION GENERALE

I DEFINITION DES CONCEPTS
a- la négociation
b- l’initiative coton

II L’IMPORTANCE DU COTON DANS L’ECONOMIE OUEST AFRICAINE ET AMERICAINE
a- Dans l’économie ouest africaine
b- Dans l’économie américaine

III Les acteurs à l’origine de l’initiative coton
a- les acteurs non étatiques
b- les acteurs étatiques

IV Les stratégies utilisées par les pays de l’initiative coton

a-jeux et stratégies d’alliances au niveau régional
b-jeux et stratégies d’alliances au niveau international

V LA NEGOCIATION COMMERCIALE DES PAYS ACP A L’OMC

a- la négociation à la conférence ministérielle de Cancún
b- la négociation à la conférence ministérielle de Hong Kong

VI ANALYSE PERSONNELLE

CONCLUSION GENERALE

BIBLIOGRAPHIE

INTRODUCTION
A l’aube du 21siecle et après plus d’une décennie de réformes aux coûts sociaux parfois très importants, les filières cotonnières d’Afrique de l’ouest et du centre sont devenues les plus compétitives au monde sans comparaison aucune avec les coûts de production des cotonculteurs des Etats-Unis d’Amérique, premier exportateur et second producteur mondial et l’Union Européenne. Signe d’une des rares succès story agricole et industrielle, en 2001 les exportations de coton des pays producteurs d’Afrique de l’ouest et du centre représentaient 17% des exportations mondiales.
A l’ère des politiques de lutte contre la pauvreté, la compétitivité et la grande qualité du coton africain font vivre entre 10 et 15 millions de personnes en Afrique de l’ouest et du centre et près de 20 millions pour les 33 pays africains producteurs.
En dépit de cette réussite, l’avantage comparatif reconnu dont disposent les producteurs de coton ne suffit plus à rémunérer les fruits de leur travail. Les politiques de subventions des pays du nord concourent à déprimer les cours internationaux du coton, avec comme principale conséquence la forte dégradation des conditions de vie des cotonculteurs africains et de leurs familles. Les subventions des pays du nord risquent d’exclure du marché mondial les producteurs les plus compétitifs au bénéfice de leurs homologues américains, et dans une moindre mesure européenne, peu compétitifs mais fortement subventionnés.
Peu habitués aux cénacles internationaux et aux débats posés par les politiques commerciales inéquitables, les producteurs africains, rejoint par les industriels, leurs Etats, certains partenaires au développement et de nombreuses organisations de la société civile, ont porté leur problème de survie au niveau auquel il se jouait : celui des négociations commerciales internationales.

I Définitions des concepts
a- la négociation :
La négociation est un processus de communication et d’échanges entre deux ou plusieurs parties (bi ou multilatérales) dont l’objectif est généralement la résolution d’un problème ou d’une question faisant l’objet d’un différend.

b- l’initiative coton
L’initiative coton se réfère à l’ensemble des démarches et actions entreprises dans le cadre de la résolution des problèmes liés à la subvention du coton. L’initiative coton est un support de communication internationale en charge de la régulation du commerce et du développement économique.
II L’importance du coton dans l’économie ouest africaine et américaine
a-Dans l’économie ouest africaine
Environ deux millions d’agriculteurs produisent en moyenne plus de deux millions de tonnes de coton graine, soit près de 830000 tonnes de fibre au taux moyen de rendement à l’égrenage de 45,5%. Le volume de coton fibre produit par la région représente près de 15% des échanges internationaux.
En termes de résultat, le chiffre d’affaire de l’industrie cotonnière de l’AOC (Afrique de l’Ouest et du Centre) se situe entre 500 et 700 milliards de Francs CFA. Comme nous le verrons plus tard, le coton, principale production agricole dans de nombreux pays, produit un effet d’entrainement sur le secteur rural.
Mais en plus de cela, il permet de réaliser jusqu’à 50% des recettes d’exportation de pays comme le Burkina Faso ou le Mali, et plus de 80% pour le Benin. La filière coton AOC ne trouve pas de marché domestique ou régional comme débouché. Elle est donc très dépendante des exportations. Les ministres de l’agriculture de l’AOC réunis en conférence disent que la filière coton doit continuer à jouer un rôle majeur dans l’économie de ces pays.
En effet, la culture du coton, est un véritable vecteur de développement dans la plus part des pays AOC. Elle apporte des revenus substantiels en milieu rural et génère beaucoup d’emplois ; elle introduit de nouvelles technologies et développe des activités industrielles et commerciales.
Ce sont ainsi plus de dix millions de vie qui dépendent de cette production.

b- Dans l’économie américaine

Les Etats unis sont le second producteur de coton au monde, après la chine.
Les Etats unis produisent environ 15millions de balles, soit un peu plus de sept milliards de livres de coton par an.
Il faut noter que le coton n’occupe pas une place importante dans l’économie américaine. Les producteurs de coton américains ont rehaussé leur production en raison du manque d’attractivité d’autres cultures concurrentes, dû à la chute des prix, et de l’attractivité du coton, due aux avantages découlant des subventions à cette récolte.

III Les acteurs à l’origine de l’initiative coton
a- les acteurs non étatiques
Les acteurs non étatiques face aux difficultés accrues provoquées par les subventions auxquelles doit faire face la filière cotonnière africaine, vont s’organiser en association. Parmi ses acteurs nous avons entres autre, l’A.C.A., l’APROCA et OXFAM

b- Les acteurs étatiques
Face aux pratiques déloyales des grands pays cotonniers, les Autorités de la Région ont lancé des actions revendicatives, notamment auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Ainsi, les Gouvernements du
Mali, du Burkina Faso, du Bénin et du Tchad ont décidé de soutenir la plainte déposée par le Brésil auprès de l’OMC contre les subventions accordées par les grands pays en faveur de leurs producteurs de coton. En outre, en juin 2003, le Président du Burkina Faso a plaidé devant les instances de l’OMC contre la politique de subvention des grands pays et pour l’obtention de compensation en faveur des producteurs africains. Il faut noter que l’engagement des gouvernements africains est le résultat d’une pression croissante et médiatisée des producteurs de coton, accompagnés par les ONG, qui ont su utiliser les scènes sous-régionales africaines pour amplifier leurs messages

IV-Les stratégies utilisées par les pays de l’initiative coton

a- Jeux et stratégies d’alliances au niveau régional

Face à la chute des cours internationaux, dès septembre 2001, les producteurs ouest-africains se sont mobilisés pour alerter l’opinion publique internationale, suivis en cela par des ONG sous-régionales, et des sociétés cotonnières africaines. Un immense travail de concertation, mais aussi de plaidoyer et de lobbying, a été entamé auprès des autorités nationales et sous-régionales de l’espace AOC. C’est ainsi, que lors de leur concertation sont nées plusieurs associations de cotonculteurs africains. Entres autres association, nous avons l’A.C.A et l’APROCA
L’A.C.A : l’association cotonnière africaine a été portée sur les fonts baptismaux le 19septembre 2002 à Cotonou. Elle a pour mission d’organiser et de défendre les filières cotonnières africaines, menacées par les pratiques commerciales anticoncurrentielles. Depuis 2002, elle a utilisée toutes les tribunes au plan national, régional et international pour faire du plaidoyer et du lobbying en faveur des filières cotonnières africaines, notamment à l’OMC. L’A.C.A est présidé par Monsieur Ibrahim MALLOUM, Directeur Général de coton Tchad.
L’APROCA quant à elle est l’association des producteurs de coton africains. Elle a été créée le 22décembre 2004 à Cotonou au bénin. Face à la crise de la filière coton qui affecte plus de 10millions en Afrique de l’ouest et du centre, des producteurs de coton de six pays d’Afrique (Burkina Faso, Togo, Mali, Benin, Cameroun et Sénégal) se sont réunis les 21et 22decembre 2004 pour analyser la crise qui touche la filière coton et définir des stratégies de mobilisation, de positionnement et d’actions qui leur permettent de défendre leurs intérêts. Cette rencontre des producteurs avait pour but d’échanger sur la situation internationale afin de centrer la problématique du coton dans un contexte global, puis d’analyser la situation de crise telle que vécue par chaque pays. Elle a abouti à la naissance de l’APROCA. C’est ainsi que grâce à leur capacité de regroupement, ces associations ont pu exercer une pression respectivement au niveau régional qu’international

b- jeux et stratégies d’alliances au niveau international

Durant la période menant à la conférence ministérielle de Cancun, une série de manifestations de soutien à l’initiative sectorielle a été entreprise tant par les administrations publiques que par les acteurs étatiques. C’est ainsi que, les représentants de producteurs réussissent à tisser un réseau de soutiens associant une expertise diversifiée, articulé à des bureaux genevois spécialisés dans l’accompagnement des pays en développement dans les négociations internationales.les producteurs continuant à exercer la pression via leur association , réussissent également à avoir le soutien de personnalités importantes, notamment le président de la Banque Mondiale et le Commissaire Européen au commerce.

V- La négociation commerciale des pays ACP a l’OMC
a- La négociation à la conférence ministérielle de Cancún
En avril 2003, les gouvernements, soutenus par les organisations sous-régionales telles que l’UEMOA et la CEDEAO, ont introduit à l’OMC une « initiative sectorielle sur le coton », demandant l’élimination des subventions et des compensations transitoires pour les pays moins avancés affectés. Cette demande apparaissait dans le paragraphe 25 du premier projet de déclaration ministérielle de Cancún. Loin des discours théoriques et des engagements politiques sans lendemain, il revenait donc aux membres de la conférence de le compléter, afin de répondre immédiatement et de façon adéquate à une situation dont l’urgence économique et sociale justifiait le caractère sectoriel de l’initiative. Après une semaine de plaidoyer et de lobbying international, l’initiative fut présentée en séance plénière à Cancún. Dès le premier jour des débats, cette soumission demandait l’application stricte des principes de l’OMC. De la capacité ou non, des États membres à trouver des solutions, allait donc dépendre la « crédibilité » de l’institution. Parallèlement, ce dossier suscitait de nombreuses déclarations de soutien et de marques de sympathie au point de progressivement s’imposer comme un des symboles de la conférence. Après que l’Union Européenne et la délégation américaine se sont renvoyé la responsabilité sans offrir de solutions durables et à la suite de différentes concertations, le paragraphe25 de la déclaration ministérielle, devenu le paragraphe 27, était proposé aux différentes délégations. Il sera reçu par les ministres des quatre pays comme une « insulte », rejoints en cela par l’ensemble des personnes qui ont porté ce dossier, à commencer par les producteurs présents à Cancún (UNPCB, FUPRO, producteurs tchadiens). Sans rentrer dans les arcanes techniques de l’OMC, ce texte n’était qu’une pâle copie de la proposition américaine. Les pays AOC victimes de la politique de dumping étaient invités à diversifier leur économie, sous l’égide des institutions de Bretton Woods celles-là mêmes qui les avait soutenus lors qu’elles ne leur avaient pas imposé des options politiques par le biais de conditionnalité dans les processus d’ajustement de leurs filières cotonnières. Comme le soulignait, avec beaucoup d’à-propos et de façon ironique, un représentant d’ONG, la réponse consistait à dire : « Vous avez le coton le plus compétitif au monde… allez faire de la fraise de bois… ». Ainsi, outre qu’il ne représentait en rien le résultat d’un éventuel consensus, ce texte a surtout totalement ignoré les deux problèmes posés : le rôle de distorsion des subventions et l’urgence de la demande. Les producteurs africains, les sociétés cotonnières et les ONG impliqués dans ce dossier ont organisé une conférence de presse pour dénoncer cette mascarade. Dans le même temps, un groupe réunissant l’Union africaine(UA), le groupe des pays les moins avancées (PMA) et le groupe Afrique, Caraïbes, Pacifique (ACP) présentera une contreproposition. Cette dernière n’aura malheureusement pas le temps de vivre, emportée par l’échec de la conférence ministérielle.

b- La négociation à la conférence ministérielle de Hong Kong

Ainsi, en dépit d’une inexplicable lenteur dans le traitement de ce dossier, couplée au pessimisme général sur les négociations globales, les pays africains s’apprêtent à poursuivre avec fermeté la défense du dossier coton à la conférence ministérielle de l’OMC à Hong Kong.les acteurs de la société civile continuent de travailler à la vulgarisation de l’initiative sectorielle. Pour se faire, une défense technique fondu sur le contenu du dossier est nécessaire tout autant que la médiatisation qui peut avoir un impact sur le déroulement des événements. Ce travail est fait en parfaite symbiose avec les autorités gouvernementales des pays concernés. Diverses activités ont ainsi déjà été agendées sur la route de Hong Kong. A cet égard, une journée de réflexion sera organisée à Hong Kong à la veille de la Conférence ministérielle, le lundi 12decembre 2005 autour du thème suivant : l’initiative sectorielle sur le coton a l’OMC : « qu’attendre de la conférence ministérielle de Hong Kong ? ». Elle sera organisée par le Centre International pour le Commerce et le Développement Durable (ICTSD), Enda Tiers Monde, l’A.C.A, l’APROCA.
Cette rencontre, baptisée Cotton Day, a pour ambition de systématiser les différentes demandes des pays africains, en vue de les inscrire en bonne place sur l’agenda de la conférence ministérielle et d’aboutir à des solutions opérationnelles rapides et effectives. Plus spécifiquement, le Cotton Day visera à :
.fournir une plate forme d’échanges et dialogue entre les différentes parties concernées par l’initiative coton
. Offrir une vitrine et un espace de dialogue aux différentes parties officielles pour leur permettre de partager leur vision
. Mobiliser la presse africaine et internationale pour lui fournir les éléments clés et les dernières évolutions du dossier.
C’est ainsi que les pays ACP, purent harmoniser leurs actions pour les négociations à l’OMC. Leurs stratégies vont se déployer sur 2grands axes qui sont :
La défense technique du dossier
Le « lobbying » stratégique en direction des acteurs susceptibles d’apporter leur contribution au règlement rapide du dossier coton
Concernant la défense technique les pays co-auteurs doivent prendre des dispositions requises pour pouvoir bénéficier de l’appui en expertise nécessaire, dans le contexte actuel des négociations sur le coton qui deviennent de plus en plus technique.
Pour ce qui concerne le lobbying stratégique, le dossier coton devient technique et il devient nécessaire que le groupe africain s’entoure du soutien de certains groupes du pays : groupe des Etats ACP, le Brésil, Paraguay, Pakistan, Inde.
Quant aux points relatifs au fonds d’urgence d’appui a la production cotonnière et à l’échéance de suppression des subventions agricoles, ils n’ont pas remporté le même succès. Et cela dans la mesure où le fonds d’appui a fait face à des réticences pendant que le calendrier de suppression des subventions passait pour être utopique. Il faut noter qu’il n’existe pas de garantie des succès à court terme, l’initiative en elle-même est un succès, car elle a permis de franchir de nombreuses étapes qui n’auraient pu l’être. Last but not Least

VI ANALYSE PERSONNELLE

Avec, cette situation sans précédent avec ce dossier coton, l’Afrique marque une nouvelle étape dans la construction de nouvelles capacités à même de peser dans la négociation internationale.
Les producteurs africains de coton ont été les premiers (novembre 2001) à investir l’espace international par une déclaration dénonçant l’effet négatif des subventions américaines et européenne sur les cours du coton.
La genèse du dossier coton nous montre que la société civile constitue une force de changement, de construction nationale sur laquelle on peut compter.
Aussi, les états africains, se sont emparés tardivement d’un combat initialement porté par les organisations de producteurs de coton témoignant ainsi de leurs difficultés à être proactifs et à proposer leur propre agenda et vision du développement.
Enfin l’analyse de la genèse du coton illustre l’informatisation croissante de la société africaine qui voit des organisations de producteurs, des ONG, des sociétés cotonnières se coaliser pour faire entendre des revendications légitimes certes, mais qui sont de nature à affaiblir de l’intérieur la crédibilité de l’état en Afrique.

CONCLUSION

Quelque soit les tensions apparues autour des stratégies utilisées, les pays africains porteurs de l’initiative sont parvenus à intégrer les attentes de leurs producteurs de coton dans l’agenda des négociations commerciales internationales. Ce faisant, ils ont eu le mérite de surprendre de nombreux états membres de l’OMC, mais aussi celui de répondre aux attentes de leur population, en redéfinissant le rôle et la place de leurs états dans ces négociations.
Le dossier coton illustre à souhait la nécessité pour les pays africains et du sud de s’engager activement dans des négociations longtemps chapeautées par le duo, Etats-Unis d’Amérique, Union Européenne. Il met aussi en lumière quelques unes des faiblesses inhérentes au système international dans sa forme actuelle. Mais surtout, en refusant de parapher un consensus établi autour des questions de Singapour ; les pays africains ont su développer des stratégies offensives inhabituelles, en utilisant les principaux atouts formellement disponibles à l’OMC.
Depuis Cancun, le dossier n’a guère progressé mais si l’on compare ces lenteurs avec le blocage des négociations sur l’agriculture, il convient de les relativiser. Pour autant la rencontre de Hong Kong ne saurait déboucher sur un consensus qui ne poserait pas des actes concrets sur un dossier ou les responsabilités ont le mérite d’avoir été clairement établies par l’OMC elle-même.

BIBLIOGRAPHIE

Sources écrites

.Négociations commerciales internationales et réductions de la pauvreté,

« LE LIVRE BLANC SUR LE COTON »

ENDA TIERS MONDE, prospectives Dialogues Politiques

.OBSERVATEUR PAALGA N° O73O6 du vendredi 23 au dimanche 25 janvier 2006

.Centre pour le développement de l’Afrique (CDE)
« Programme textile du CDE en Afrique de l’ouest 2003 -2005»

CYBERGRAPHIES
www.screnus-po.org/projets collectif/ revendications sud/coton afr.htm